Rationalisme suite
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Le rationalisme (suite et critique)

La présente page est tirée de Jean-Claude Saint-Onge, «La condition humaine», Gaetan Morin Editeur, pp.29-30.

 

Un dualisme impossible

Le rationalisme cartésien présente un être humain éclaté: d’un côté, la pensée ou l’âme immatérielle, immortelle et parfaite, que Descartes loge pourtant dans .la glande pinéale», ancien nom de l’épiphyse; de l’autre, le corps, pure étendue, matériel, imparfait.

Or, comment le contact peut-il s’établir entre ces deux substances totalement différentes ? (Le philosophe romain Lucrèce posait déjà la question près d’un siècle avant notre ère.) Par exemple, quand on se coupe, le corps le ressent, et cette blessure interrompt le cours des pensées; inversement, quand on décide de faire un geste, disons écrire au tableau, la pensée provoque le mouvement du corps. Ce qui veut dire que les sensations du corps ont des répercussions sur la pensée, l’âme; et que les pensées agissent sur le corps. Or, comment une sensation matérielle atteint-elle la pensée immatérielle et inversement ?

Descartes se contente de dire qu’il en est ainsi. Ses successeurs ont essayé de répondre à la question en proposant une intervention divine miraculeuse, une sorte de deus ex machina. Quand la volonté de l’humain lui dicte de faire un geste, «c’est Dieu qui bouge son corps», car elle ne peut elle-même provoquer ce mouvement. Quant à la coupure, elle est incapable d’atteindre sa pensée; c’est donc Dieu qui lui fait éprouver cette douleur.

Descartes aboutit à un type de pensée qui l’isole de son corps, d’autrui et du monde: je pense, donc je fuis. Je fuis mon corps, les autres, le monde extérieur. Cela résume assez bien une certaine vision rationaliste de l’être humain et, jusqu’à un certain point, la vie même de Descartes.

RENÉ DESCARTES: ETRE, C’EST PENSER

L’opposition passion-raison

C’est le corps qui remplit l’homme d’amour, de désirs, de craintes: « Guerres, dissensions, batailles, c’est le corps seul et ses appétits qui en sont cause! » Descartes ne va pas si loin dans sa condamnation du corps et des passions. Il reconnaît que l’âme pâtit des passions (amour, haine, désir, joie, etc.), mais «nous n’avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès».

Cependant, la plupart des rationalistes considèrent que les passions doivent être maîtrisées par la raison, car elles faussent les perceptions. Ne dit-on pas que « l’amour est aveugle » ? L’homme doit dominer, dompter son corps et ses émotions qui le rapprochent de la bête. La tradition rationaliste voit une incompatibilité entre la raison et les passions. Mais, comme l’observe Rousseau, pour faire des découvertes importantes ne faut-il pas une grande passion pour la recherche ? N’est-il pas important, comme le soulignent Leclerc et Pucella, d’avoir un certain équilibre affectif pour développer ses capacités de jugement?

La seule exception digne de ce nom chez les rationalistes demeure Hegel (1770-1831). Il disait que «rien de grand ne se fait sans passion».

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