Rationalisme
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La conception rationaliste de l’être humain (première partie)

La présente page est tirée de: Serge Morin et Nguyen Vinh-De, «L’être humain, thèmes et conceptions», Éditions ERPI, 2000, pp.31-32

Pour Descartes, philosophe rationaliste, ce qui distingue l’être humain, c’est sa pensée, sa raison, son esprit. Cette affirmation, Descartes la formule à la fin d’une longue investigation dont le point de départ est ce qu’on a appelé le doute méthodique. La pratique du doute méthodique a pour but de trouver une vérité indubitable sur la base de laquelle on pourra construire un système de pensée cohérent et solide. Pour que la vérité atteinte soit véritablement indubitable, Descartes se donne comme principe de douter de tout ce en quoi il trouve une raison de douter, même futile. C’est ainsi qu’il doute de la réalité, des choses extérieures, des données des sens et même des raisonnements mathématiques reconnus comme certains. À la fin, la seule chose qui reste indubitable, c’est son doute, c’est-à-dire sa pensée, et, dans le moment même où il prend conscience de sa pensée, il a conscience de son existence. De là vient la formule célèbre: « Je pense, donc je suis ».

Mais qui suis-je ?

Parvenu à cette étape de son investigation, l’étape de la découverte de l’existence, Descartes ne peut que répondre: je suis un être pensant. Il écrit: « je ne suis, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison. » Mais la pensée est-elle bien la différence spécifique de l’être humain? Elle le serait si les animaux ne pensaient pas. Qui peut pourtant nous assurer que la pensée n’existe pas chez les animaux?

Répondant à cette objection, Descartes soutient que si les animaux possédaient la raison ou un esprit comme nous, ils parleraient. Or, les animaux sont dépourvus d’un langage semblable au langage humain. Dépourvus de pensée et de langage, les animaux fonctionnent à la manière de robots ; ce sont des « animaux-machines ». Donc, ils n’ont pas de raison, et celle-ci constitue bel et bien la différence spécifique de l’être humain. Mais si l’homme se définit par la pensée, quelle place Descartes accorde-t-il au corps? En se plaçant dans la perspective ouverte par le doute méthodique – doute qui est à l’origine de la découverte du Cogito ergo sum (« Je pense, donc je suis »), principe fondamental de sa philosophie – Descartes fait de la pensée (ou âme) une substance non seulement différente, mais encore séparable du corps. Par contre, en se plaçant du point de vue de la psychologie c’est-à-dire de la description empirique, il voit dans l’être humain une structure où l’âme s’unit étroitement au corps. À ce sujet, il écrit :

La nature m’enseigne aussi, par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui.

Ainsi, tout en soutenant un dualisme ontologique de l’âme et du corps, Descartes affirme leur union pour pouvoir rendre compte de la réalité des sensations et des sentiments.

L’être humain est doté d’une volonté libre

Par « pensée », Descartes n’entend pas seulement la représentation liée à une activité purement intellectuelle, purement rationnelle, mais aussi tout état psychique.

Parmi ces activités ou facultés psychiques, Descartes accorde une grande importance à la volonté, dont le caractère essentiel est la liberté. La volonté libre est importante en ceci qu’elle rend l’être humain semblable à Dieu, puisqu’elle est infinie; toutes les autres facultés humaines sont finies, limitées. La possession de la volonté élève l’être humain au-dessus du monde des êtres non humains. En d’autres termes, la liberté est une caractéristique spécifique de l’être humain au même titre que la pensée.

L’importance de la volonté s’apprécie aussi au fait qu’elle constitue un élément fondamental de la pensée intellectuelle. En effet, celle-ci, comporte deux fonctions: la représentation fournie par l’entendement (ou raison) et l’affirmation, qui relève de la volonté. Ma raison conçoit un rapport entre les deux idées de « Terre » et de « rotondité », mais c’est ma volonté qui affirme la réalité de ce rapport. Sans cette affirmation, le jugement « La Terre est ronde » ne serait pas possible.

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